AVAP: Cas inquiétant de bipolarité à Granville

Auto-congratulation, plus que toute autre, injustifiée, la promotion de l’AVAP (Aire de mise en Valeur de l’Architecture et du Patrimoine) qui concernera Granville, Saint-Pair-sur-Mer, Jullouville et Carolles nous appelle encore une fois à une vigilance citoyenne des plus développées. La nécessité impérieuse de balayer devant notre porte l’emportant, il est ici essentiel de se pencher sur la question Granvillo-Granvillaise, celle de la ville qui semble se présenter fièrement comme étant l’instigatrice du projet, celle de la coexistence de deux visions politiques désormais officiellement schizophréniques.

Comment ? Comment Monsieur Blanchet pouvez-vous défendre une AVAP quelques jours seulement après avoir validé la « stratégie patrimoniale » de la ville de Granville au sein du DOB pour l’année 2018 ?

 

Un petit rappel est nécessaire à propos de cette « stratégie » qui est bien plus une « Grande Braderie ».

Reprenons vos mots, ceux du Débat d’Orientation Budgétaire, et tentons d’éclaircir le propos :

« Depuis 2014, la commune s’est lancée dans une gestion active de son patrimoine en se séparant des biens dont elle n’a plus l’utilité ou difficilement exploitables ou en raison du coût d’entretien important qu’ils génèrent. Voici l’évolution du produit des cessions, représentant un apport non négligeable de trésorerie. » (p.49 du compte-rendu du conseil municipal du 21 décembre)

L’éloquent tableau qui fait suite à cette présentation affiche la fierté municipale de s’être débarrassé du patrimoine de la ville pour une valeur de 1 616 914€ depuis 2014, 763 000€ rien qu’en 2017.

 

Oui, la volonté est claire, il s’agit bien de se débarrasser de tout ce qui, à Granville, fait Granville.

À l’évocation d’une « gestion active » je ne peux en effet m’empêcher de penser à vous Monsieur Blanchet lorsque, rouge de colère en plein conseil municipal, vous ne pouviez diviser à votre souhait le local du « Rocher » et l’escalier « du Moulin à Vent » qui le surplombe. Personne avant n’aurait pu penser qu’une municipalité pouvait oser vendre ce bien, il n’était donc pas fait pour être divisé en deux… Vous nous parliez alors de fuites d’eau dont vous ne réussissiez pas à vous occuper, raisons de la dite vente. Pire que tout vous avalisiez votre volonté de mettre le malheureux acquéreur devant un problème que vous jugiez, pour vous, insoluble.

Mais cette vente n’est qu’un épisode de la grande chasse aux sorcières que vous menez depuis 2014. Vous êtes épaulé, il faut le dire, par la situation de certains biens qu’il vous semble nécessaire de vendre « en raison du coût d’entretien important qu’ils génèrent ». Il y a comme un goût d’Espace Cambernon dans ces propos… Laisser des biens se dégrader pour jouer ensuite le couplet de la vente obligatoire, voilà une bien piteuse « stratégie ». Un progrès est néanmoins à mettre en avant, vous le reconnaissez ouvertement.

Oui vous le reconnaissez car toutes ces situations représentent « un apport non négligeable de trésorerie » et n’ont en réalité que ce seul but, celui qui vous a fait présenter cette « stratégie patrimoniale » au sein du DOB 2018, celui qui vous fait uniquement percevoir le patrimoine immobilier de la ville comme étant une réserve monétaire.

Une hypothèse peut alors être envisagée à propos de l’AVAP. Peut-être, Monsieur Blanchet, cherchez-vous à vous recycler dans le « Pays de l’Estran » après avoir vendu tout le patrimoine immobilier de la ville. Peut-être, Monsieur Blanchet, cherchez-vous la nouvelle raison d’être de votre mandat. Peut-être, après tout, que cette schizophrénie n’est en fait que logique, logique perfide, mais logique tout de même.

Jacques-René Hébert

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10 réponses
  1. anne
    anne dit :

    Bien vu et très bien expliqué, Mr Hébert :
    Le besoin d’argent devant la gestion désastreuse des finances ,alors que le contexte financier des communes ,ne se prête plus à des fantaisies, est résolu, à Granville, de façon contradictoire.
    D’un côté, on brade au lieu d’assumer.Qu’en sera-t-il du Musée du Vieux Granville, qui a juste titre pourrait être dit « vétuste » et insalubre, la Municipalité osera-telle,comme elle a tenté de le faire pour Bazeilles s’en dessaisir pour récupérér 3 sous ?
    Les maires suivants auront peut être plus de dignité et surtout plus d’idées pour garder et valoriser tous ces biens patrimoniaux ?
    D’un autre côté, on emprunte pour acheter (des biens vétustes et certainement pas rentables avant une dizaine d’années).Le côté « ça se voit « fait partie des valeurs « bling-bling » et des idées courtes de cette municipalité.
    La surenchère n’est plus à l’ordre du jour pour les jeunes génerations, espèrons que les 2 ans qui restent à tenir avec cette gestion, ne créeront pas de dommages irréversibles pour les Granvillais et leur Patrimoine…
    Reste à espèrer que la Communauté de Communes,conduite par des gens respectueux,mais régulièrement « sabotée » par les élus granvillais, puisse avoir la main sur ce genre de décisions.
    Anne Guiton

  2. Patrick BAILBE
    Patrick BAILBE dit :

    Il ne faut effectivement pas se méprendre sur l’initiative « vertueuse » du Président du  » Pays de l’Estran » de mettre en place une démarche d’A.V.A.P.
    Rappelons que l’A.V.A.P. est obligatoire depuis juillet 2015 et censée remplacer la Z.P.P.A.U.P. D’aucuns d’ailleurs considèrent que cette substitution se fait au détriment d’une protection réelle du patrimoine, dispositif moins contraignant et pour certains encore « minimaliste ».
    L’on notera également que le « Pays de l’Estran » se propose de faire un diagnostic de la zone concernée. Je ne doute pas un instant que les acteurs de cette démarche utiliseront les données déjà inventoriées sur Granville par les étudiants en gestion du patrimoine de l’Université de Rennes II ainsi que celles rassemblées sur Saint-Pair.
    Il convient enfin de préciser que le « Pays de l’Estran » est une association loi 1901 créée à l’initiative de la municipalité précédente pour être le support de la démarche d’obtention du « label Pays d’Art et d’Histoire ».

    N.B. (qui n’a rien à voir) : la personne pressentie pour gérer le fonds patrimonial de la médiathèque de Granville n’est autre que celle en charge naguère du pilotage de la démarche du « label Pays d’Art et d’Histoire » … et je m’en félicite !

  3. Pierre JUHEL
    Pierre JUHEL dit :

    Auto congratulations…auto suffisances…mais auto…immobiles…! Voilà la réalité qui nous est imposée. Heureusement, il y a les exploits de nos footeux de l’ USG pour servir de vitrine à une équipe en mal d’idées. C’est ce qui s’est passé hier soir à l’ Archipel.
    Pour faire contre-pied à toute cette machinerie mal huilée, je propose que l’on organise un Marathon des 23, ça pourrait être drôle. Les 5 premiers conserveraient leurs indemnités, de 6 à 10, elles seraient réduites de moitié et RIEN pour les autres.
    Voilà qui aurait pu être un Bon DOB…!
    La situation est tellement cocasse qu’on ne peut que réagir ainsi. Vas-y Mouky, t’as de beaux jours devant toi.

  4. Amenska
    Amenska dit :

    Difficile d’en rajouter après le commentaire très perspicace de M. Hébert. Ne pouvant rivaliser avec le haut niveau technique de cette analyse, je me propose d’exprimer le point de vue d’un citoyen « basique » qui n’a en gros que le « journal » (Ouest-France, La Manche Libre)comme sources d’informations.

    Quelle initiative digne d’admiration? Alors d’un côté, on brade le patrimoine de la ville tandis que de l’autre,on s’autoproclame défenseurs du patrimoine architectural « local » sans que l’on sache ce que recouvre exactement le mot « local »: « Le littoral? »… C’est vague…

    Bipolarité? …ou stratégie de communication destinée à « sauver les apparences ». Autrement dit à tenter de faire oublier: …la mise en vente de Bazeilles, de l’espace Cambernon, l’indifférence absolue quant au sort qui sera réservé à l’hôpital (lequel fait aussi partie du patrimoine!)Mine de rien), le saccage prévisible de l’Eglise Saint-Paul, que dis-je, de ce « bâtiment désaffecté ». Ou alors (autre hypothèse) volonté de marcher sur les plates-bandes de la communauté de communes? Car enfin, la mise en valeur du patrimoine ne devrait-elle pas relever de la compétence de cette dernière? En toute logique…

    Comme s’il n’y avait pas des dossiers locaux (au sens étroit) plus urgents. Tiens! Dernier en date: l’avenir de la ligne SNCF Granville-Paris. De très sérieuses menaces pèsent sur son maintien. Cela fait un mois que la presse en parle. J’ai déjà lui deux articles. Croyez-vous que ce sujet très important a été abordé lors de la précédente réunion du conseil en fin d’année? Point du tout. Croyez-vous qu’il sera abordé lors de la prochaine? J’en doute. Croyez-vous qu’il fera l’objet d’une réunion extraordinaire? Il ne faut pas y compter. Comprenez, pour ces gestionnaires de la « proximité » (au sens le plus étroit du terme), c’est un sujet bien trop « lointain » « qui ne dépend pas de nous »….

    Projet séduisant au premier abord de « tronçonnement » de la ligne Caen-Rennes au profit de deux liaisons directes (Granville-Caen et Granville-Rennes) en ce qu’il améliorerait la desserte régionale de la ville de Granville. Certes, certes mais avec comme possible revers de la médaille: la suppression de la ligne directe « Granville-Paris ». Concrètement, selon le nouveau « schéma »: Granville-Paris… via changement à Caen ou à Rennes. Oh bien sûr, en haut lieu et d’après la presse, on nous assure que le projet « n’impactera » nullement « pour l’instant » (hum!) la liaison directe Paris-Granville. Mon œil! Avouez que ce serait … »économiquement » tentant!

    En attendant, les élus et la population viroise s’inquiètent de la disparition possible de leur Gare SNCF (plus vraisemblablement, je pense, sa marginalisation). Et les élus Granvillais? Pas le moins du monde. Apparemment, ils ne sont même pas au courant de ce qui se trame dans la stratosphère du ministère. A preuve: Madame Le Maire dans son énumération devant la presse des « avantages » de la cité portuaire a cité: La ligne Paris-Granville… Elle est très lucide cette dame….

  5. Dominique Secall-Beverunge
    Dominique Secall-Beverunge dit :

    Bravo, clair et net … Merci! Y-aura-t-il assez de « Granvillais de souche » pour lutter contre la destruction systématique de leur patrimoine, et donc de leur propre histoire!!!!

  6. Jacques-René Hébert
    Jacques-René Hébert dit :

    Merci Amenska, il se trouve en effet qu’il y a d’autres sujets d’importance dont il faut parler, je vous avoue n’avoir absolument aucune information au sujet de la ligne Paris-Granville, je ne peux pas m’exprimer sur ce point. Le patrimoine n’en est pas pour autant un sujet secondaire car, même si on est froid comme la pierre quant aux considérations culturelles, il faut bien comprendre le caractère économique auquel on l’associe et on ne peut envisager un « long terme » en vendant la moitié de la ville tous les ans (seulement 2 ans de salut en l’occurrence…).
    Pour les informations que j’ai utilisé, vous les avez également ! Sur le site internet de la mairie il y a publication des comptes-rendus des conseils municipaux ! De véritables absurdités qui se glissent tous les mois entre les décisions courantes dans l’indifférence générale ! A ne pas manquer, un véritable rendez-vous mensuel…

    Merci Dominique Secall-Beverunge ! Peut-être une maladresse, je ne suis pas un « Granvillais de souche » et, grand dieu, j’espère que ça n’existe pas. N’avoir eu, dans sa vie ET dans son arbre généalogique ET DANS SON ESPRIT que GRANVILLE, la chose serait infiniment triste ne trouvez-vous pas ? Être Granvillais c’est habiter Granville et aimer la ville comme elle est puis comme elle pourrait être n’est-il pas ? C’est de cette manière que j’interprète vos guillemets !

    Vous parlez de l’histoire de Granville, j’en profite pour vous inviter à bondir vers vos vendeurs de journaux car il y a un deuxième épisode à l’affaire Blanchet dans la Manche Libre ! Ce dernier invente une ruine en plein Granville et s’en fait le sauveur à coups de tronçonneuse ! Sacré Pierre-Jean va.

  7. Dominique Secall-Beverunge
    Dominique Secall-Beverunge dit :

    Cher Monsieur,

    Vous avez tout à fait saisi le sens de mes guillemets. Si vous me connaissiez, vous sauriez que j’adore m’exprimer au second degré… Donc, j’utilise volontiers le terme tant discuté de « Granvillais de souche ». Je n’habite plus Granville, mariée depuis 45 ans en Allemagne. Bien sûr j’y reviens très souvent et mon expatriement n’aura su effacer mon intérêt pour ma ville natale, ni les nombreuses et étroites relations familiales et amicales que j’y ai. Toutefois, vous comprendrez sans aucun doute ma réelle frustration et ma profonde tristesse quand on m’informe, presque quotidiennement, de la déraison de cette « municipalité » envers le Granville de ma jeunesse et toutes ses richesses, ma famille étant granvillaise depuis de nombreuses générations … Je pense sincèrement que les « Granvillais de souche » sont, bien évidemment, encore plus touchés que les « Granvillais d’adoption »…

    Je ne citerai de mémoire que les essais d’intervention dans notre carnaval plus que centenaire, la fermeture du musée de la Maison du Roy, en passant par le square Marland, les remparts détruits en partie pour faire un garage privé devant Bazeilles etc …

    • Jacques-René Hébert
      Jacques-René Hébert dit :

      En réalité à Bazeilles il s’agit d’une terrasse avec des baies vitrées et d’horribles stores ! Oui c’est à s’y méprendre en effet.

      • Dominique Secall-Beverunge
        Dominique Secall-Beverunge dit :

        … Encore plus décadent, arbitraire et honteux…. Autrefois on disait à Granville « la république des p’tits copains, une fois de plus … »

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